
Un condensé de vie. 3 mois quasiment jour pour jour que ça grouille, et que je me dépatouille avec tout ça. Une remontée volcanique hier soir, retour en arrière de deux ans. Eux. Juste là. Ne pas me sentir étrangère, pour une fois. Et puis, les cousins, ici avec moi. L’union qui fait la force, mais aussi la faiblesse quand certains maillons sont défaillants. Nous. La tendresse qui manque tant. Notre fratrie, nos conneries. L’envie d’encore, de toujours. La peur de perdre. Mais en même temps, si perte il y’a, l’envie inavouée de les suivre, là bas. Ici c’est joli, mais ça ne le reste jamais très longtemps. Un appât du bonheur, en quelques sortes. Il y’a eu eux, donc. Les deux sœurs, la mienne et l’intrus. Ses mains, ses reins et ses cheveux bruns. Ses yeux plissés de gamin et sa peau de perle. Ses manies, ses « ma gueule », ses « merde ». Elle, ses cheveux blond-paille, son rire gai et communicatif, ses yeux d’un bleu envoûtant. Ses larmes, sa douceur et ses « Hapi Ourz ». Et puis l’autre Elle. Ses longs cheveux bruns et or, ses yeux bridés et ses tirages de gueule intempestifs. Son habituelle moue boudeuse et ses isolements. Ses « je pense », « tu m’fais fumer ». Ses vêtements, sacs, maquillages de pouf. Son mal être, les regards noirs jetés à sa mère, les rares moments de douceur, entremêlés de haine. Mes envie de lui ouvrir les yeux, mais aucuns arguments n’auraient été à la hauteur. Alors mes silences. Elle, la mienne. Ses lunettes de mouche, le malin plaisir qu’elle prend à le coller lui. Ses sentiments inavoués, puis un peu plus par la suite. Ses coups de gueule, ses fous rires qui sonnent faux. La voir sans ses bouquins. Elle, seule non fumeuse contre 7 pourris. Sa nouvelle coupe de cheveux faite par moi, les larmes d’abord, la discussion ensuite, puis enfin elle qui admet que c’est pas trop mal, finalement. Elle, ensuite. Ses « Jérôme ». Ses maladresses face aux siennes, d’Elles. Ses yeux gris, sa manière de fumer des cigarettes trop courtes. Ses conneries en pleine rue. Ses médicaments qui la rendent euphoriques. Et puis Elle, enfin. Voir clairement qu’elle en a ras le bol. La petite boite de pilules vertes au creux de sa main. L’indignation. Je n’sais pas bien, mais elle n’a pas vécu ça de la même manière que nous tous, je pense. Les volets fermés, étendus sur le lit. Las de tout. Du bruit, des voix, du mouvement, des pensées. Entrelacés, et ne jamais vouloir briser cette étreinte, entendre la plainte d’un animal blessé là ou il n’y en a pas. Mes doigts entre ses vertèbres, le triangle des bermudes. Nez à nez, cœur à cœur. Veille du départ. Maison paisible, à l’heure où on change de jour. Unis par le front, les pensées divaguent et se mettent en musique. Il me chante ses désirs, ceux qu’on a toutes voulu éviter, depuis le début. Ses arguments, eux, tiennent la route. Faire mon boulot, sans moi même trop y croire. L’apologie du bien, du beau, des merveilles. Il ne m’entend pas. Je comprends, sans juger. Deux heures trente. Des paroles à peine drainées et enfilées sur un fil de pêche. Un joli bracelet de vie, de sa vie. On fait une boucle, un nœud, et on jette ce bracelet à la mer. Il ne sera jamais retrouvé, la nuit l’a déjà ensevelit. Il s’endort enfin, épuisé, les yeux humides et la main posée sur ma joue. A bout de souffle, de nerfs. Trois heures trente. Les yeux fermés, le nez perdu dans ses cheveux. Pensées qui vagabondent au gré des respirations plus ou moins rapides. Vouloir la solution miracle. Lui redonner goût à tout ça, toute cette mascarade à laquelle on joue. Tous. Et puis plus rien. Deux heures et demi plus tard. Lumière faible et incertaine. Mon bras coincé sous ses côtes, je m’extrait de la bulle aussi doucement que possible. La capitale m’attend. Avoir un contact aussi rapproché avec la mort, d’abord la voir dans ses yeux puis la voir dans ma tête. Scènes apocalyptiques, la fin du monde, non même pas, juste la fin de moi. Pour que finalement ce ne soit qu’un début de nous. L’australienne, d’abord. Qui va au même endroit que moi. Un sourire vissé sur ses lèvres, 45 minutes sans ciller. Et puis eux, et tout qui s’enchaîne si vite. L’impression que le temps file à la vitesse de l’éclair, alors que ça ne faisait que quelques jours que nos peaux s’étaient séparées. La joie de le revoir, parce que quoi qu’on en dise, c’est bien plus qu’agréable. Transposition de souvenirs enfouis, et d’un moment bien présent. Regarder, regarder et regarder encore, et avoir l’impression de devoir me coller à eux pour ne pas avoir l’impression qu’un canyon nous sépare. L’impression bizarre que si je ne les retiens pas, ils partiront eux aussi, comme il a très bien su le faire. Elle, ses cheveux raccourcis de quelques centimètres, ses jolies mains toutes menues, son haut rayé, ses joues rosées quand sur le balcon on se retrouve juste nous, le froid contre la peau nue par endroits. Les petites gouttes qu’on aime tant diluer à notre sang pour trouver le courage de la faire taire, elle. Les envies de lui gueuler que c’est elle, la plus jolie de toutes. La fatigue dans le corps et l’esprit vide, assise dans le coin du canapé, je la regarde elle. Juste elle, ses mouvements, ses courbes, ses gestes. Ça me berce, m’apaise, en quelques sortes. Voir une petite tête blonde, ébouriffée et un large sourire gesticuler de part et d’autre de l’appartement. Son œuvre, son cadeau pour elle c’était ça. Nous. Ce n’était pas un cadeau d’anniversaire destiné à une seule personne. Ce cadeau on en a tous profité, et pour ça, c’est à elle que revient le merci. Elle et ses mails digne d’un GO du Club Med. Elle et sa petite voix que j’aime tant. Dans sa chambre des dessins, qui paraissent sortir tout droit du mur, comme des fantômes. Des visages, beaucoup de visages. Ça paraît presque irréel, au milieu de ces photos. Le condensé de sa vie. C’était tellement joli à voir. La voir aussi, regarder l’objet de toute cette soirée, de tous ces gens réunis, avec les yeux qui pétillent, c’est comme ça que j’aime la voir. Même avec la fatigue, les coups de gueule, elle est si jolie quand elle la regarde. Quand elle regarde une fleur qui s’épanouit, les pétales qui grandissent à mesure des années qui passent. Les attitudes qui deviennent de plus en plus féminines, les réflexions d’adultes, tout en gardant l’innocence d’une petite fille. Les voir sourire, elles trois, c’était suffisant pour me faire sourire le cœur. Et puis tout s’enchaîne très vite. Les départs, les larmes qui ne se retiennent plus, les au-revoirs au goût d’adieux, avec eux tous. Ceux que je quitte, ceux qui me quittent, ceux qui ne sont pas encore là, ceux qui pourraient l’être mais qui, par manque de je ne sais même pas quoi, se font absent. Tous ces gens-là. Vous. Il ne me manque que vous pour pouvoir dire « je vis ».
[Et merci à tous les autres.]
Dis, je t' (vous) aime. C'est loin le 21 juin.